Jeannine de Lomepal

Lomepal nous invite une fois de plus dans son univers ; odyssée poétique, introspection et nihilisme se confrontent et s’enlacent. Dans son dernier album fleuve, Jeannine, Lomepal se livre sans filtre sur la schizophrénie dont souffrait sa grand-mère.

 

Jeannine est sans aucun doute une expérience, découvrir la folie par la folie ; Cinq Doigts avec le surprenant feat (Philipe Katerine) reflète bien cet esprit. Lomepal rappelle ces poètes classiques plongés dans un spleen profond. Torturé et précis le poète-rappeur maîtrise et affirme son style si particulier. Il fait partie de ces artistes ovni (comme Hamza et Georgio) à expérimenter, faire de chaque piste une véritable œuvre d’art. En retard ou en avance mais jamais à temps, Lomepal aborde de nombreux sujets d’un point de vue très distant et entame une longue quête de soi. Une réflexion sur l’esprit humain et les réalités, Lomepal fait de l’egotrip un outil de réflexion.

Il défend par ailleurs corps et âme son authenticité et son œuvre (comme dans Ma cousin « Tu peux cracher sur mon nom mais tu touches pas à FLIP »). La légitimité est un thème principal, Lomepal questionne et remet en cause constamment son œuvre.

C’est donc un nouvel album qui complète et se greffe parfaitement bien à ses anciennes productions. Et l’un des problèmes majeurs est là, Lomepal s’est-il enfermé dans son style? A vouloir bousculer les codes du rap, n’a-t-il pas simplement remplacé les codes et barrières par d’autres?

L’album montre une véritable intention d’échapper à ce blocage; Roméo Elvis, JeanJass, Orelsan et Philippe Katerine aident à rendre Jeannine unique. Les nombreux feat contribuent à tisser une atmosphère particulière, une porte vers la 4ème dimension. Il est nécessaire de prendre l’album dans son intégralité et non piste par piste (sauf peut-être pour 1000°C). Et c’est justement cette particularité qui rend Jeannine hors de la linéarité artistique de Lomepal.

Pour conclure, ce dernier album n’est donc pas un chef-d’oeuvre (dans le sens innovant et, n’est pas plus percutant que le reste de ses autres chansons). Pour autant c’est un signe très encourageant et rassurant, Lomepal conserve son originalité et cherche à la conserver.

Romain Normand

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