Dossier : Chéries Chéris 24e édition

Le cinéma, étant le reflet de la société, aborde les enjeux contemporains essentiels. Depuis la libération des mœurs (post Mai 68), le 7ème art traite plus facilement des thématiques jusqu’alors taboues. Cependant, l’homosexualité (et plus généralement, la non-hétérosexualité) n’est portée à l’écran que depuis peu.

Montrer et représenter la communauté LGBTQ+ n’est devenu un sujet cinématographique commun que depuis peu. Longtemps considérée comme une communauté déviante, aborder ce sujet conduisait systématique à une audience quasi nulle et l’oeuvre était immédiatement exclue de toutes récompenses ou prix. La scène coupée de Spartacus (de Kubrick) est très représentative : cette scène montrant des ébats homosexuels a dû être censurée avant la projection par peur de représailles, alors que l’adaptation du roman de Fast fait de l’homosexualité, une composante d’une grande importance. Kubrick qui voyait du potentiel en Spartacus décide d’éviter les scandales et se plie aux bonnes mœurs moyenâgeuses.

Si on peut attribuer la naissance d’un cinéma populaire et reconnu montrant l’homosexualité, c’est sans doute grâce au Secret de Brokeback Mountain. C’est grâce à ce succès mondial ( 80 000 000$ de recette aux Etats-Unis) que les producteurs, réalisateurs mais aussi distributeurs sont devenus moins frileux à l’idée d’aborder les sujets LGBT+.

La modernisation des thèmes est embrayée  : le cinéma rattrape son long retard, après ces longues années de silence et de censure. Non pas important mais vital, le festival de films LGBTQ+ Chéries Chéris questionnent ces thématiques, et ce, d’une manière on ne peut plus complète.

Chéries Chéris, c’est également une ambiance, des cérémonies en grande pompe et des invités de marque. Pour cette édition, il a fallu trouver un digne successeur au grand-prix du film de long métrage, remporté l’année dernière par Call me by your name.

Parmi les longs-métrages Les Moissonneurs (ou die Stropers) a brillé par son intelligence et par sa force. Suivant une communauté d’Afrikaners (sud-africains blancs, descendant des colons hollandais) Etienne Kallos nous invite et immerge dans ses terres sud-africaines dépaysantes. Hélas, les tensions (héritières de l’apartheid) entre Afrikaners et africains noirs sont une menace réelle.

Montrant une dure réalité politique et sociétale, les Moissonneurs dépeint une communauté embrigadée par la religion : tout est organisé autour du culte.

Baignant dans un contexte politique chaotique, la paranoïa est de mise, les Afrikaners sont obsédés par l’idée de préserver leur lignée et ce, de façon pérenne. Ombre au tableau, Janno, fils de la famille d’afrikaners découvre son homosexualité. Au même moment, les parents de Janno adoptent Pieter, présenté comme un Afrikaner perdu (à tous les niveaux). Les deux adolescents cohabitent et se découvrent. Quête d’identité, rôle de la communauté ainsi que le thème familial vont être traités d’un point de vue réaliste et cru.

Cérémonie de clôture, remise du grand prix à l’équipe des Moissonneurs

Mais le festival ne peut se résumer à des thématiques graves et sombres, Chéris Chéries c’est aussi Diamantino, un Ronaldo en puissance, très célèbre joueur de foot portugais, qui perd ses moyens lors d’un match capital. Peu à peu, une romance burlesque naît (avec des soupçons de transformisme et d’expérimentations médicales) et le film nous plonge dans la 8ème dimension !

C’est aussi des expérimentations, plus ou moins réussies, comme Crystal Alien Palace. Arielle Dombasle, actrice principale et réalisatrice, nous invite à suivre une « expérience fantasmagorique ». Il faut l’avouer, l’intention (une prétention ?) est loupée. Le spectateur ne peut se plonger dans son film : budget cheap, un Nicolas Ker insupportable et une réalisation sans aucun sens mènent à tout sauf à un film réussi (même Michel Fau n’a pu sauver Alien Crystal Palace).

Enfin, Chéries Chéris ose montrer. Le festival donne l’écran et le micro à des réalisateurs et acteurs talentueux mais à qui les grandes sociétés de distribution n’accordent pas leur confiance (thème rebutant et souvent premières expériences cinématographiques).

Courts-métrages, documentaires, panoramas, longs-métrages et séances spéciales cohabitent et s’enchaînent ; une seule règle d’or : montrer et revendiquer l’amour, les amours, tous les amours.

 

Romain Normand

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