La Nuit du Chasseur

Le film retrace la traque du révérend Harry Powell envers John et Pearl, les deux enfants de sa nouvelle femme qui se sont enfuis lors de la mort de leur mère avec un butin volé. La Nuit du Chasseur est considéré comme un chef-d’œuvre, un classique du cinéma, et pourtant, il a longtemps fait l’objet de critiques.

A sa sortie, le film ne rencontre qu’une très faible audience : absent au box-office français et silence de la presse américaine lors de sa sortie en salles (il ne reçoit d’ailleurs des distinctions bien après sa sortie). Abordant des thématiques sensibles et sorti dans un contexte tendu (après guerre et période de guerre froide), La Nuit du Chasseur est un film qui ose.

Pour expliquer cet accueil plus que timide, il faut prendre en compte le contexte historique et les nombreuses innovations du film. Dans ce lieu très croyant  (91% de chrétiens dans les années 1950 aux États-Unis), le tueur en série cupide et pervers endosse le rôle d’ un représentant de l’Eglise. Ce qui rend le rôle d’autant plus fort est le jeu incroyablement réaliste de Robert Mitchum. Le personnage est rationnel tout en étant un parfait criminel. Et derrière une plastique impeccable l’homme de religion cherche à tout prix à trouver l’emplacement du trésor. De plus, lors de l’errance des deux enfants, ils trouvent refuge chez une dame, Rachel Cooper, jouée par Lillian Gish. Très vite, le révérend retrouve la trace des enfants. On assiste alors à une scène mythique du film.

Le christianisme, plus généralement la religion, est donc très largement critiquée. Lors de cette scène, le révérend et Rachel Cooper entonnent un  hymne à la gloire de Dieu, à la différence près que Rachel Cooper ajoute « Leaning on Jésus« , que ne suit pas le révérend pour qui s’en est assez.

La condition des orphelins est également une thématique importante du film : à la découverte du refuge fondé par Rachel pour les enfants orphelins, on découvre que l’abandon d’enfants n’est pas un mythe ni un cas isolé.

Concernant le point de vue technique, le film est inspiré et inspirant. Souvent rapproché au mouvement expressionniste ; le révérend semble animé d’une force surnaturelle (il passe de la violence extrême à un comique très grotesque) ; les ombres semblent omniprésentes, ce qui rappelle une menace pesante et également une course pour la survie des deux enfants. Le film porte une véritable enquête, thème propre aux films noirs. C’est justement le mélange des genres qui forge la puissance du film.

Romain Normand

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