Les frères Lehman

De l’épicerie naissante à l’une des banques américaines les plus célèbres, l’incroyable fable des Lehman Brothers trouve une transcription poétique dans « Les frères Lehman » de Stefano Massini.

Suivant les frères Lehman ; Henry (né Hayum), Emanuel (né Mendel) et Mayer, le lecteur côtoie leur périple sur le continent américain. Originaire d’Allemagne de famille juive, les trois frères prospèrent en vendant du coton et du matériel lié à la récolte de celui-ci. Trouvant un secteur porteur (profitant de l’esclavage pour toucher un public large) la fratrie réussit le « rêve américain ». La boutique initialement tenue par Henry réussit à se diversifier de plus en plus et, de là, va naître les prémices de la future banque. C’est en marginalisant le système d’emprunt (notamment auprès des clients), qu’en 1850 l’épicerie de quartier se transforme en banque d’investissement.

« Les frères Lehman » est doublement intéressant ; le contenu est facile d’accès et, à travers la prose (parfois mêlée aux vers), il est aisé de ressentir tout le cheminement des différentes étapes de la création de la banque internationale. Ensuite, le style poétique est une invitation au voyage ; il aide grandement le lecteur à se plonger dans l’univers si particulier. De plus, au travers des 30 000 vers, le livre aborde des sujets divers, toujours en gardant leur point de vue (du moins en essayant de le retranscrire). Le récit presque biblique porte également un fort message philosophique en confrontant constamment les actes avec la morale judéo-chrétienne.

De l’esclavage à l’émigration en passant par la culture juive, l’écriture poétique traite ces sujets d’une vision intéressante. Empruntant plusieurs styles littéraires (réalisme, symbolisme et le romantisme), l’œuvre pousse à la réflexion et questionne le rôle de l’argent dans nos sociétés.

 

« Si nous persuadons

le monde entier

qu’acheter, c’est vaincre,

alors acheter signifiera vivre.

Car l’être humain, messieurs,

ne vit pas pour perdre.

Vaincre, c’est exister.

Si nous persuadons

le monde entier

qu’acheter, c’est exister,

nous briserons, messieurs,

la vieille barrière qui se nomme besoin.

Notre objectif

est une planète Terre

où l’on n’achète pas par besoin

mais où l’on achète par instinct.

Ou, si vous voulez, en conclusion, par identité.

Alors seulement les banques,

et avec elles Lehman Brothers,

deviendront immortelles. »

 

Romain Normand

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